Parce que je fatigue tu sais, à toujours peser le pour et le contre...
douee.pour.le.silence
"A force de ravaler, ravaler, sans jamais rien dire, à force de garder les lèvres verrouillées, j'ai fini par m'automutiler. Une sorte d'anorexie des sentiments."
Jeudi 28 avril 2011 à 23:00
Parce que je fatigue tu sais, à toujours peser le pour et le contre...
Vendredi 21 janvier 2011 à 23:34
Je viens d’une famille qui ne me ressemble pas. D’une banlieue sans corps ni caractère, où des pavillons petit-bourgeois s’alignent les uns à côté des autres, répétant une vie normalisée, qui elle-même n’a de rite que la répétition. Une vie tenue par les courses deux fois par semaine, au Géant Casino du coin, des Caddie pleins qui remplissaient de joie ceux qui les poussaient. De joie et du seul sens qu’ils aient donné à leur existence, ou plus exactement que leur existence leur avait donné, parce qu’eux n’ont jamais rien choisi. Une vie rythmée par les émissions télévisées, des jeux la plupart du temps. Du divertissement parfois, qui semblait le comble de l’intellectualisme à ces gens méprisants pour tout ce qui relevait de la culture, des livres, des valeurs, haineux à l’encontre de tout ce qui n’était pas eux, de tout ce qui leur était inaccessible. Des gens qui ne se parlaient pas, ou uniquement par média interposés. Ils commentaient ce que faisaient les voisins comme ce que disaient les hommes politiques, mais jamais ils n’entraient dans une forme d’intimité, à tel point qu’on pouvait douter qu’ils en aient eu une quelconque, d’intimité. Peut-être l’intimité est-elle le privilège de ceux qui admettent le questionnement.
Jamais je n’ai entendu de mots d’amour, vaguement de tendresse peut-être mais d’une tendresse convenue, des mots de tout le monde réutilisés en seconde main, des mots vides dont on se sert comme d’ustensiles de cuisine. La gratuité ne faisait pas partie de ce monde là, tout devait se payer.
Ils étaient trois. Un père, une mère et un fils. Et quand j’emploie ces mots, je me rends compte à quel point la langue peut être mensongère. C’était ce qu’on appelle une famille. C'est-à-dire des gens liés parce qu’ils habitent dans la même maison, qu’ils ont un passé commun pour la seule raison qu’ils l’ont vécu côte à côte, mais pas ensemble. Rien ne rapprochait ces personnes sinon une forme d’identité qui les rendait semblables les unes aux autres. Leurs relations étaient extérieures à eux, ils étaient reliés comme des points sur une feuille, par l’espace que cela dessinait, mais profondément ils étaient seuls. Cet espace était vide, il ne délimitait rien, sinon l’intérieur du dehors, ce qu’il ne fallait pas quitter sous peine de trahison. La trahison c’était seulement de penser autrement, de voir autrement, d’espérer. L’espoir pour moi signifiait le désir d’un ailleurs, d’un autrement, quand pour eux c’était une grandeur quantitative, des additions et des multiplications.
Mara - Mazarine Pingeot
Dimanche 16 janvier 2011 à 22:54
"Il y a trois sortes de personnes, celles qui savent vivre et celles qui ne savent pas."
- Et les autres, c'est quoi?
Marie dit que, les autres, c'est de la poésie.
Claudie Gallay - L'amour est une île.
Samedi 15 janvier 2011 à 20:34

Tirer un trait. Il faut un acte de la volonté. Ne plus laisser cet aléatoire nous diriger. Ne plus en souffrir. Laisser à d'autres qui s'y enlisent cette logique de l'aliénation. Ne plus supporter, ne plus consentir à cette voie-là de l'existence. La dépasser, l'interdire, l'oublier. Fermer la porte à cette douleur qui s'érige comme loi. Refuser l'abnégation, le sacrifice de ses aspirations, de ses ambitions. N'être pas en dessous de soi-même. Cesser de se recroqueviller sur soi, sur une vie monotone d'où seule la douleur émerge. Ne plus attendre d'elle l'évènement, l'orientation de nos choix. Sortir de cette dictature des lois organiques.
J'avais renoncé et je ne m'en étais même pas rendu compte. J'avais déserté ma propre existence. Tout d'un coup, les reproches semblent justifiés. Ils deviennent évidents, nécessaires, limpides. Ce dépouillement que la maladie m'avait imposé, j'y avais consenti sans résistance, je l'avais encouragé, j'en avais fait un principe directeur. Je m'étais laissée happer, fasciner sans doute aussi par cette force qui brûlait tout sur son passage, dévastait les amitiés, dénouait les relations, étouffait les projets. Se nourissait des jeunes pousses, des espoirs, des envies et les dévorait.
Il faut prendre des risques. Volontairement. Parce que c'est la seule façon de reconquérir sa propre vie.
Claire Marin - Hors de moi (le début > cliiick)
Samedi 30 octobre 2010 à 17:21
"Mara accélère le pas. Manuel était plus complaisant avec elle. Leur souffrance était leur trésor. Même cachée, ils la savaient là et la cajolaient à leurs heures perdues. Mais ça ne marche plus. Dès qu'elle a la tentation de se laisser aller à ce sentiment d'injustice, Hicham la prend de court. Il ignore l'injustice, ou plutôt ignore le sentiment que sa vie aurait pu et aurait dû être meilleure, relativement à ses qualités intellectuelles et humaines. Et ce n'est pas fatalisme, mais acceptation d'une simple évidence. Pour autant, il ne comprend pas qu'on ne cherche pas à rectifier, à changer, à déplacer. Sa mère n'était qu'une longue plainte, contre l'injustice du monde, contre la pauvreté du père, contre sa condition, contre le proviseur du lycée qui avait renvoyé son frère cadet. Hicham en a nourri une haine tranchée pour toute forme de lamentation. C'est un esprit rationnel. On décompose une situation en ses éléments, et on calcule le pouvoir qu'on a d'en changer l'agencement. Mara est décontenancée face à cette manière de penser. Elle n'autorise pas l'immobilité douce ni le confort d'un enracinement dans ce qui fait mal. Elle lui en veut. Ses mécanismes sont enrayés, Hicham jette de petits cailloux qui les ralentissent. Jusqu'à la panne totale, peut-être. Mais alors que restera-t-il?"
