Un personnage de roman est simplifié et construit
On peut le comprendre.
Dans la vie réelle, les êtres vivants sont des énigmes dangereuses.
André Maurois.
Dimanche 30 novembre 2008 à 20:39
Publié par douee.pour.le.silence
Lundi 15 décembre 2008 à 19:26
Et voilà. Maintenant le ressort est bandé. Cela n’a plus qu’à se dérouler tout seul. C’est cela qui est commode avec la tragédie. On donne le petit coup de pouce pour que cela démarre, rien, un regard pendant une seconde à une fille qui passe et lève les bras dans la rue, une envie d’honneur un beau matin, au réveil, comme de quelque chose qui se mange, une question de trop qu’on se pose un soir… C’est tout. Après on n’a plus qu’à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. C’est minutieux, bien huilé depuis toujours. La mort, la trahison, le désespoir sont là, tout prêts, et les éclats, et les orages, et les silences, tous les silences : le silence quand le bras du bourreau se lève à la fin, le silence au commencement quand les deux amants sont nus l’un en face de l’autre pour la première fois, sans oser bouger tout de suite, dans la chambre sombre, le silence quand les cris de la foule éclatent autour du vainqueur – et on dirait un film dont le son s’est enrayé, toutes ces bouches ouvertes dont il ne sort rien, toute cette clameur qui n’est qu’une image, et le vainqueur, déjà vaincu, seul au milieu de son silence…
C’est propre, la tragédie. C’est reposant, c’est sûr… Dans le drame, avec ces traîtres, avec ces méchants acharnés, cette innocence persécutée, ces vengeurs, ces terre-neuve, ces lueurs d’espoir, cela devient épouvantable de mourir, comme un accident. On aurait peut-être pu se sauver, le bon jeune homme aurait peut-être pu arriver à temps avec les gendarmes. Dans la tragédie on est tranquille. D’abord, on est entre soi. On est tous innocents en somme ! Ce n’est pas parce qu’il y en a un qui tue et l’autre qui est tué. C’est une question de distribution. Et puis, surtout, c’est reposant, la tragédie, parce qu’on sait qu’il n’y a plus d’espoir, le sale espoir ; qu’on est pris, qu’on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur son dos, et qu’on n’a plus qu’à crier, - pas à gémir, non, pas à se plaindre, - à gueuler à pleine voix ce qu’on avait à dire, qu’on avait jamais dit et qu’on ne savait peut-être même pas encore. Et pour rien : pour se le dire à soi, pour l’apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu’on espère en sortir. C’est ignoble, c’est utilitaire. Là, c’est gratuit. C’est pour les rois. Et il n’y a plus rien à tenter, enfin !
Jean Anouilh - Antigone
Publié par douee.pour.le.silence
Mercredi 15 juillet 2009 à 10:31
Je me demande parfois ce que serais ma vie sans cette strate souterraine, sans cette dimension secrète et tragique qui en est comme la doublure flamboyante. La maladie a donné ce sens singulier et douloureux auquel je me suis facilement identifiée, comme si une prédisposition au malheur était déjà en moi depuis longtemps.
De quelle douleur s’agit-il ? Qu’est-ce qui se cache derrière elle ? Quelles sont les amertumes, les déceptions qui la prennent comme prétexte, comme parure ? Quelles souffrances opportunistes se greffent sur la douleur du corps et en font leur excuse ? Est-ce la tristesse, la peur de l’échec ou de l’abandon ? (…) N’ai-je pas confondu cette maladie avec tout ce qui ne se soigne pas, ce qui n’a pas de réponse ? Ces déceptions qui nous laissent sans voix, privés de nos espoirs. La seule condamnation, la seule fatalité est peut-être celle que je m’inflige.
Pourquoi accepte-t-on de souffrir ? Que croit-on pouvoir exiger en échange ? Un statut particulier, une forme d’’élection, une vie hors norme, une marginalité. La vie urgente et dense, la surprise, la violence aussi. Une vie infernale, diffuse, souterraine, détachée de l’avenir. Une vie éphémère et brûlante.
Quel pacte faustien, quel compromis inavouable cache ma résignation si facile au fait d’être malade ? Je n’ai pas lutté contre cette idée. Pas un instant. Cela me paraissait inéluctable. J’ai l’impression d’avoir passé mon enfance à m’y préparer. J’ai l’impression de l’avoir toujours su.
Peut-être ai-je confondu cette douleur avec une incapacité plus générale à vivre. Avec un autre mal-être. Peut-être ai-je accusé, accablé un corps qui ne peut pas me contredire. La déception vient peut être d’ailleurs, de plus loin. D’une incapacité à vivre, d’un pessimisme sans fond, d’une complaisance dans la tragédie. La vie intense et douloureuse, l’écart loin du quotidien que la douleur autorise, la transparence du dernier aveu, la tension du dernier jour, de l’essai testamentaire, la gravité de celui qui reste. La vérité crue. Le rôle purificateur du drame. L’obsession de faire le bilan de sa vie. D’en imaginer la fin plutôt que de l’ouvrir à des possibles et la prolonger dans d’infinies bifurcations.
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Jeudi 16 juillet 2009 à 11:47

Cerizzz
On parle toujours du chagrin de ceux qui restent mais as-tu songé à celui de ceux qui partent ?
[...] Le courage de ceux qui se regardent dans la glace un matin et articulent distinctement ces quelques mots pour eux seuls : "Ai-je le droit à l'erreur ?" Juste ces quelques mots... Le courage de regarder sa vie en face, de n'y voir rien d'ajusté, rien d'harmonieux. Le courage de tout casser, de tout saccager par... par égoïsme ? Par pur égoïsme ? Mais non, pourtant... Alors qu'est-ce ? Instinct de survie ? Lucidité ? Peur de la mort ?
Le courage de s'affronter. Au moins une fois dans sa vie. De s'affronter, soi. Soi-même. Soi seul. Enfin.
"Le droit à l'erreur", toute petite expression, tout petit bout de phrase, mais qui te le donnera ? Qui, à part toi ? "
Je l'aimais - Anna Gavalda.
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Samedi 31 octobre 2009 à 18:34

Kiwix
Aujourd'hui je sais que notre univers n'est pas plus réel qu'une vague qui se dresse à la surface de l'océan. Quels que soient nos luttes, nos triomphes, quelle que soit la manière dont ils nous affectent, ils ne tardent pas à se fondre en un lavis, à s'estomper comme de l'encre diluer sur du papier.
Geisha Arthur Golden.
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Mardi 8 décembre 2009 à 19:05

Antognow
Où bien elle rencontrerait un homme, dans le wagon ou au Café de la gare, un homme qui lui dirait madame vous ne pouvez plus continuer comme ça, donnez-moi la main, prenez mon bras, rebroussez chemin, posez votre sac, ne restez pas debout, installez-vous à cette table, c’est fini, vous n’irez plus, ce n’est plus possible, vous allez vous battre, nous allons nous battre, je serais à vos cotés. Un homme ou une femme, après tout peu importe. Quelqu’un qui comprendrait qu’elle ne peut plus y aller, que chaque jour qui passe elle entame sa substance, elle entame l’essentiel. Quelqu’un qui caresserait sa joue, ou ses cheveux, qui murmurerait comme pour soi-même comment avez-vous fait pour tenir si longtemps, avec quel courage, quelles ressources. Quelqu’un qui s’opposerait. Qui dirait stop. Qui la prendrait en charge. Quelqu’un qui l’obligerait à descendre à la station précédente ou s’installerait en face d’elle au fond d’un bar. Qui regarderait tourner les heures sur l’horloge murale. A midi, il ou elle lui sourirait et lui dirait : voilà c’est fini.
Les heures souterraines - Delphine de Vigan
Publié par douee.pour.le.silence
Dimanche 28 février 2010 à 22:12

Quand t’es seule tu te plains: est-ce que je vais trouver quelqu’un ? Quand t’as quelqu’un: est-ce que c’est la bonne ? Est-ce que je l’aime vraiment et est-ce qu’elle m’aime autant que moi je l’aime ? Est-ce qu’on peut aimer plusieurs personnes dans sa vie ? Pourquoi on se sépare ? Est-ce qu’on peut réparer les chose quand ça part en couille ? Toutes ces questions à la con qu’on se pose tout le temps ! ... Pourtant on peut pas dire qu’on y connaît rien ! On est préparé putain : quand on est petit on lit des livres d’amours, on lit des contes, on lit des histoires d’amours, on voit des films d’amour ! L’amour, l’amour, l’amour !
- Et si tu la rappelais juste ?
Les poupées Russes.
Publié par douee.pour.le.silence
Dimanche 7 mars 2010 à 11:22
"Mieux vaut être indifférente et digne que malheureuse et pathétique."
Hell - Lolita Pille
Publié par douee.pour.le.silence
Mercredi 17 mars 2010 à 21:34
"À hurler du silence, sûr qu'on n'entend plus rien"
Saez - Alice
Publié par douee.pour.le.silence

